October 2010

Tony Chafer (*) et Gordon Cumming (*) animeront le 3 Novembre 2010 une conférence-débat sur le thème “La coopération entre la France et le Royaume-Uni en Afrique: Des capacités sous-utilisées” dans le cadre du programme Afrique subsaharienne de l’Ifri (Institut français des relations internationales).

Comment les deux anciens colonisateurs, concurrents historiques, coopèrent-ils en Afrique ? Chaque pays possède une « zone privilégiée » d’action en Afrique mais les nouveaux défis du continent les obligent à revoir cette logique traditionnelle. Face au terrorisme, aux questions climatiques mais également face à la montée de nouveaux acteurs tels que la Chine, comment les deux acteurs « historiques » peuvent-ils s’unir pour ne pas perdre leur influence économique et politique sur le continent ? Une nouvelle collaboration franco-britannique en Afrique avait été définie dès 1998 par l’accord de «Saint-Malo II» mais ses modalités restent mal connues en France. Cette conférence permettra de faire un bilan des succès et des limites de cet accord, dans trois domaines : diplomatique, militaire et de développement.

Chafer & Cumming avaient présenté les résultats de leur étude le 28 juin à Chatham House (Londres) sous le titre: “Punching Below Their Weight? Critical Reflections on Anglo-French Cooperation in Africa”. Le texte de cette communication peut être téléchargé à partir du site: http://www.ifri.org/?page=detail-contribution&id=6247.

Le français progresse en Afrique mais il décline en Europe
Le Monde.fr | 13.10.10

Par quel miracle le nombre de francophones dans le monde est-il passé de quelque 200 millions de personnes en 2007 à 220 millions de personnes en 2010, d’après le dernier rapport de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), publié mardi 12 octobre?

Pour la première fois, répondent les dirigeants de l’OIF, leur jeune Observatoire de la langue française a pu se fonder, non plus sur des évaluations parfois sommaires, mais sur des sources statistiques, des enquêtes nationales ou internationales et, quand elles faisaient défaut, sur des études ad hoc menées par des organes de la francophonie.

De plus, outre les 70 pays membres de l’OIF (dont 14 pays dits “observateurs”), ont aussi été comptabilisés les francophones d’Algérie (évalués à 11,2 millions de personnes), ceux des Etats-Unis (2,1 millions), d’Israël (plus de 300 000 personnes) et même du Val d’Aoste (Italie, 90 000 personnes).

NEUVIÈME LANGUE DU MONDE

Dans les pays africains, seules les personnes sachant non seulement parler mais aussi lire et écrire le français ont été prises en compte. C’est l’un des facteurs qui permet aux responsables de l’OIF d’assurer que ce chiffre de 220 millions de francophones reste sous-évalué.

Le français, neuvième langue parlée au monde et deuxième langue enseignée (avec 116 millions de personnes qui l’apprennent, selon l’OIF) se développe-t-il vraiment, envers et contre l’attraction de l’anglais ? “Depuis cent cinquante ans, le français n’est plus la seule langue universelle, on a tardé à en prendre conscience, constate Frédéric Bouilleux, directeur de la langue française et de la diversité linguistique à l’OIF. Aujourd’hui, on parle le français parce qu’on en a besoin, pas seulement au niveau des élites.”.

D’après le rapport, le français se développe en Afrique, principalement pour des raisons démographiques, stagne en Amérique du Nord, et décline en Europe, où le Royaume-Uni, par exemple, a décidé, en 2004, que la langue de Molière n’était plus indispensable à l’examen final du cycle secondaire.

RÉGRESSION DANS LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES

La régression est aussi patente dans toutes les organisations internationales et sur leurs sites, même quand le français y est langue officielle ou langue de travail. Ainsi, constate Alexandre Wolff, responsable de l’Observatoire de l’OIF, seulement 15% des textes de la Commission européenne de Bruxelles sont émis initialement en français et servent ainsi de base de discussion avant traduction. Dans les instances de l’ONU, à Genève, ajoute-t-il, 90% des textes sont d’abord rédigés en anglais. A toutes ces organisations ainsi qu’à certains de ses pays membres comptant relativement peu de francophones, l’OIF tente d’imposer un “vade-mecum”, rappel à la diversité culturelle timidement suivi d’effet, souvent faute de moyens. Dans ses projections, l’OIF anticipe que l’Afrique, où vivent déjà environ la moitié des francophones du monde, en regroupera en 2050 environ 85%, sur 715 millions de locuteurs, toujours en vertu de son dynamisme démographique. Et à condition que la scolarisation continue de progresser sur ce continent et que le français y demeure une langue enseignée (le Rwanda a, lui, opté pour l’anglais). D’où l’emphase accrue que demande Clément Duhaime, administrateur de l’OIF, dans la formation des maîtres et dans les programmes d’alphabétisation pour les pays africains, avant le 13e sommet de l’OIF prévu du 22 au 24 octobre à Montreux (Suisse).

Martine Jacot

Achille Mbembe (*) vient de publier un nouvel ouvrage intitulé “Sortir de la grande nuit – Essai sur l’Afrique décolonisée” (Paris: La Découverte, 2010; €17,00) qui offre un commentaire et un bilan à l’occasion du cinquantième anniversaire des “indépendances” et de ce que l’auteur appelle une “décolonisation fictive”. Dans cet essai critique, Achille Mbembe montre que, au-delà des crises et de la destruction qui ont souvent frappé le continent depuis les indépendances, de nouvelles sociétés sont en train de naître, réalisant leur synthèse sur le mode du réassemblage, de la redistribution des différences entre soi et les autres et de la circulation des hommes et des cultures. Cet univers créole, dont la trame complexe et mobile glisse sans cesse d’une forme à une autre, constitue le soubassement d’une modernité que l’auteur qualifie d’« afropolitaine ». Il convient certes de décrypter ces mutations africaines, mais aussi de les confronter aux évolutions des sociétés postcoloniales européennes – en particulier celle de la France, qui décolonisa sans s’autodécoloniser -, pour en finir avec la race, la frontière et la violence continuant d’imprégner les imaginaires de part et d’autre de la Méditerranée. C’est la condition pour que le passé en commun devienne enfin un passé en partage. Il s’en explique dans un entretien publié le 6 octobre sur le site d’Africultures: http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=9751.